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Merci beaucoup. Je tiens particulièrement à remercier l’Internet Society pour cet honneur. Je suis aussi particulièrement fier de partager cet honneur avec Vint Cerf, Bob Kahn, Steve Crocker, Tim Berners-Lee, les personnes que je connais ici, Lenny Kleinrock.

L’histoire du signe @ dans l’email, tout ça, n’a en quelque sorte émergé qu’en 1994 environ, lorsqu’on a commencé à demander : « D’où vient l’email ? » On m’a posé cette question, et je me suis souvenu avoir travaillé là-dessus en 1971. Et même si Len m’en a attribué le mérite en 1972, j’avais en réalité effectué ce travail environ trois mois plus tôt.

On me demande souvent si je savais ce que je faisais. Et la réponse est oui, je savais exactement ce que je faisais. Je n’avais simplement absolument aucune idée de l’impact final que cela aurait. Ce que je faisais, c’était fournir un moyen pour que des personnes puissent communiquer avec d’autres personnes. Les ordinateurs communiquent entre eux en permanence. Ils envoient des bits. Personne ne s’intéresse aux bits. Enfin… aucune personne ordinaire. Je veux dire, les gens ici dans ce groupe se soucient peut-être réellement des bits. Mais la population mondiale, dans son ensemble, ne s’en soucie pas. Ce qui l’intéresse, c’est sa capacité à accéder à l’information et à échanger des informations.

Bon, j’y reviendrai dans un instant. Mais… je savais que ça allait m’arriver. C’est pour ça que j’ai pris des notes.

Membre du public :
— Vous vous êtes envoyé vos notes par email ?

Tomlinson :
— Oh oui, j’ai fait ça. Oui. Enfin bref. Ce que je voulais dire, c’est que j’ai réellement compris ce que j’avais fait vers 1996. C’était quelques années après le vingt-cinquième anniversaire de l’ARPANET, lorsqu’il y a eu une réunion et beaucoup de couverture médiatique, et que les débuts de l’ARPANET ont été mis en lumière. À la suite de cela, j’ai commencé à recevoir des appels de journalistes et d’autres personnes souhaitant publier quelque chose ou obtenir des informations. Et l’une de ces personnes était une bibliothécaire documentaliste du National Institute of Standards and Technology — le bon vieux NIST aux États-Unis.

Elle préparait une newsletter. Elle faisait une newsletter mensuelle pour les personnes de son groupe. Et elle voulait me poser des questions sur l’email. Elle avait entendu parler de cette histoire et voulait en connaître certains détails.

J’ai donc communiqué avec elle — par email, bien sûr — et j’ai répondu à ses questions, puis elle en a posé quelques autres. Et puis l’affaire s’est arrêtée là. Et moi, j’ai continué à travailler. À cette époque, je ne travaillais pratiquement plus sur les couches profondes d’Internet. J’étais là-haut — j’étais un utilisateur. J’étais l’une de ces personnes qui se plaignent tout le temps.

Et environ six mois après cet échange avec elle, j’ai reçu cet email. L’objet du message était : « Merci merci merci. »

C’est à ce moment-là que j’ai compris ce qu’était réellement Internet, parce qu’elle me remerciait d’avoir créé un moyen grâce auquel elle pouvait communiquer avec d’autres personnes partageant le problème qu’elle avait. Elle avait un proche atteint d’une maladie assez rare et peu connue. Mais elle avait trouvé ce groupe de discussion par email où les gens pouvaient échanger des informations.

Voilà ce que j’ai fait. Merci.